Sortie champignons à Savignac les Églises (20/11/2022)

Par un petit matin humide et frisquet (2° au départ, 4° au thermomètre en chemin) le parcours sportif du Causse de Savignac s’est montré généreux en espèces de champignons, ne nous tenant pas rancune de notre inaptitude pour le saute-mouton des pieux de plus d’1 m qu’il propose à ses visiteurs !

En effet, aujourd’hui c’était une belle cohorte de mycologues amateurs ou confirmés de la SMP, tous attentifs et studieux, qui a prospecté les lieux pour récolter près de 100 espèces particulièrement variées. Plusieurs sont arrivés du Sud Dordogne après 2 heures de route (et un contrôle de gendarmerie !), amenant sur place tables et chaises pour le repas et la détermination des espèces. Merci à eux. Il y a à la SMP des membres tout aussi dévoués que passionnés !

Évidemment, au 20 novembre sur le terrain de l’ancien camp militaire d’Hache, où les pierres calcaires dépassent le plus souvent la surface, le Boletus edulis périgourdin n’est pas dans son élément idéal, mais bien d’autres genres et espèces ont fait la joie des amateurs que nous sommes. Certaines espèces de Melanoleuca, Hygrocybes, Clitocybes, Mycènes, etc… bien présentes en première approche, de belle taille et de belles couleurs, n’ont pas livré tous leurs secrets, devenant en fait pour moi des « sans papiers ». En effet, en raison des évolutions récentes de la taxonomie qui, désormais, fait de plus en plus souvent appel à la génétique moléculaire, beaucoup d’espèces sont devenues interdites à la détermination par l’amateur que je suis, que ce soit sur place ou au microscope.

Avec cette évolution, je me demande s’il sera encore possible aux amateurs comme moi de continuer à s’appuyer sur les guides et clés disponibles même les plus sérieux, pour effectuer une détermination crédible ? Néanmoins, je vais présenter quelques espèces. À coup sûr, le dieu des champignons me soutiendra pour cette outrecuidance de vouloir malgré tout présenter quelques champignons, désormais anonymes, parmi la centaine d’espèces qui nous attendait sur le Causse.

Commençons par les Melanoleuca, ces malaimés

Le genre est facile à identifier visuellement. Ce sont le plus souvent de magnifiques champignons de taille moyenne, bien réguliers, « bien propres », typiques avec leur mamelon et leurs lames jeunes blanches ou claires souvent horizontales. La photo ci-dessus en atteste. Certes, leurs couleurs ne sont pas chatoyantes, la palette du peintre, étroite, va du blanc au brun foncé. Cette couleur du chapeau tranche avec celle des lames plutôt claire d’où le préfixe « mélano » c’est-à-dire foncé ou noir, suivi de « leuca » c’est-à-dire clair ou blanc », soit leur nom Melanoleuca !

En examinant les spores et les cystides on pouvait confirmer plusieurs espèces. Je pense que c’est ce qui a été fait puisqu’il y a 13 espèces de Melanoleuca dans les listes de récolte de la base de données de la SMP24. Mais quid de l’avenir ?

Au tour des Hygrocybes/Hygrophores

Pour Daniel Lacombe « ils se caractérisent par une chair filamenteuse, des chapeaux et des pieds lisses, fibrilleux, avec des mèches, gras au toucher ou visqueux, des lames épaisses souvent espacées et au toucher « cireux » (mou avec une sensation de gras) ». Est-ce à dire que l’excellente clé qu’il propose dans le bulletin SMP 2016 serait devenue inutile ? Pour moi, certes pas ! Bien entendu pour beaucoup d’Hygrocybes une validation par le microscope est parfois la seule issue, on l’a bien vu dans le blog 2021 de Lussas et Nontronneau pour l’Hygrocybe constrictospora. Mais allez dire à ceux qui se régalent avec de nombreuses espèces du genre, que ce soit au printemps ou à l’automne, qu’il leur est désormais impossible de donner un nom à leurs trouvailles car la génétique moléculaire a tranché !

Comme pour les Melanoleuca je présente ci-dessus une photo de quelques espèces parmi les Hygrocybes que nous avons récoltées sur le Causse de Savignac, et j’affirme que la richesse du circuit pour ces espèces vaut le voyage. Il suffit de choisir le bon moment.

Les Entolomes

Je crois bien que je n’avais pas vu rassemblées autant d’espèces rares pour moi sur une table. Entoloma corvinum, E. de Mougeot, E. incanum, ces épithètes chatouillent agréablement les oreilles et paradoxalement, car les entolomes sont réputés difficiles (très), nous pouvons encore les nommer après un examen seulement visuel ! Pas de photo personnelle à proposer, c’est bien dommage, il faudra que je sois plus réactif à l’avenir !

D’autres espèces mériteraient aussi une présentation détaillée … ce sera pour l’année prochaine.

Même s’il ne fallait pas espérer des Cèpes, je l’ai dit, nous avons tout de même découvert quelques espèces voisines : Suillus variegatus, Suillus collinitus, Suillus luteus … et bien d’autres espèces … et encore d’autres ! Le Causse de Savignac les Eglises, un site à fréquenter sans modération par les mycologues. Milieu naturel, facilité de prospection, géologie, exposition sont favorables pour de très nombreuses espèces de champignons. De même, les botanistes y trouveront leur compte au printemps et en été avec de nombreuses espèces. L’absence de local disponible pour les déterminations lui fait cependant perdre une étoile ! En conclusion, continuons donc de prospecter hardiment, guidés par les spécialistes de la SMP, tout en sachant qu’à la fin du pique-nique, entre autres, le gâteau basque ou le millas de Monique et la bouteille de bon vin du Président remonteront le moral aux quelques déprimés… s’il y en a !

Enfin, je terminerai par une réflexion empruntée, sans trop la travestir, à un grand mycologue parisien : « Tu sais, la mycologie va devenir de plus en plus difficile, mais j’y trouve encore du plaisir »

Contacter le rédacteur : jf.rieupeyroux@free.fr

Très belles photos de quelques espèces du Causse de Savignac proposées par MT Duvert :