Par une belle matinée ensoleillée de début septembre, une quinzaine de personnes se sont retrouvées au lac du Tolerme pour une sortie mycologique organisée par Daniel Lacombe. Le temps se prêtait à la balade et à la contemplation du lieu, mais les pronostics de trouvailles de champignons n’étaient pas élevés. Si la sécheresse estivale et le manque de pluie ne permettaient pas d’imaginer une récolte importante, la motivation et les yeux aguerris des participant·es ont cependant permis de trouver et d’identifier une trentaine d’espèces dont certains beaux spécimens.
En partant de la plage, nous avons exploré la partie nord du lac, empruntant les chemins boisés (majoritairement de feuillus), en peu en hauteur, ainsi qu’une zone plus humide en contrebas de la digue.



Une grande quantité de champignons en forme de boule ont été trouvés. Il s’agissait majoritairement de sclérodermes et de vesses de loup. Deux champignons ovoïdes ont néanmoins révélé des surprises lors de la découpe : le clathre d’Archer et la phalle du chien. Deux espèces réputées pour leur odeur désagréable à maturité.
Après un pique-nique convivial avec vue sur le lac, était venu le temps de l’identification. En cet automne 2026, la Société Mycologique et Botanique du Périgord expérimente une nouvelle approche par tri sur table. Les participant·es sont invitées à déposer elles-même les champignons de leur panier pour les rassembler en grands groupes fongiques. Chaque personne a donc sorti et observé un par un tous les spécimens récoltés afin de vérifier la présence de pores, de lames, la nature du pied, la forme globale et autres critères.



Grâce à l’expertise de Daniel Lacombe, une trentaine de champignons différents ont été identifiés. En terme de taille, la plage de champignons s’est étendue de Hypomyces microspermus, qui forme une simple couche de moisissure sur certains bolets (proches des Xerocomus), jusqu’à une grande collybie radicante (Hymenopellis radicata) à la « racine » élancée. Les tonalités de couleurs, elles, allaient du crème au noir (russule charbonnière), en passant par le jaune (hypholome en touffe), le rouge (amanite rougissante) et le vert.
Quelques espèces ont demandé des vérifications littéraires et olfactives sur place voire une analyse microscopique pour un scléroderme dont l’observation des spores a confirmé une hypothèse.

Les spores du Scleroderma cepa en vue microscopique (×1000) dévoilent leur verrues longues et courbées.
Petit point sur les sclérodermes
Alors que certaines espèces poussent d’abord sous forme de boule/œuf avant de se développer à maturité, comme le clathre d’Archer qui déploiera des bras rouges tentaculaires, d’autres gardent cet aspect jusqu’à la dispersion effective de leurs spores. Parmi elles, nous avons trouvé au lac du Tolerme, des vesses-de-loup à diaphragme (Vascellum pratense) dont la « peau » (que l’on appelle le « péridium ») est assez fine, par contraste avec les sclérodermes dont l’enveloppe extérieure est beaucoup plus épaisse.
Au sein de ces sclérodermes, on rencontre le plus souvent le scléroderme commun (Scleroderma citrinum), avec des teintes jaunes citron et des écailles. Si l’on observe des verrues plutôt que des écailles, il faut se tourner vers Scleroderma aerolatum ou Scleroderma verrucosum et prêter attention à la taille et la régularité des verrues, à la taille générale du champignons et de son « pied » formé de cordons mycéliens. Si le scléroderme a une peau très épaisse et qu’il s’ouvre en étoile, on peut chercher du côté de Scleroderma polyrhizum. EN revanche, si les verrues sont moins marquées ou les tons plus sombres, les Scleroderma cepa et Scleroderma bovista, deux espèces bien moins fréquentes sont de bons candidats.
Inventaire des espèces identifiées lors de la sortie
| Nom scientifique | Nom(s) vernaculaire(s) | Fréq. |
|---|---|---|
| Amanita rubescens | amanite rougissante, golmotte | 100 |
| Trametes versicolor | tramète versicolore | 81 |
| Hypholoma fasciculare | hypholome en touffe | 77 |
| Gymnopus dryophilus | collybie des chênes | 71 |
| Fomes fomentarius | amadouvier | 66 |
| Megacollybia platyphylla | collybie à lames larges | 63 |
| Pluteus cervinus | plutée couleur de cerf | 55 |
| Russula nigricans | russule noircissante | 53 |
| Lactarius quietus | lactaire à odeur de punaise | 52 |
| Gymnopus fusipes | collybie à pied en fuseau | 50 |
| Daedaleopsis tricolor | 47 | |
| Scleroderma citrinum | scléroderme commun | 42 |
| Chlorociboria aeruginascens | 40 | |
| Scleroderma areolatum | scléroderme aréolé | 40 |
| Daedaleopsis confragosa | tramète rougissante | 38 |
| Clathrus archeri | anthurus étoilé | 37 |
| Clavulina cristata | 34 | |
| Rheubarbariboletus armeniacus | 31 | |
| Gymnopus erythropus | collybie à pied rouge | 26 |
| Marasmius rotula | marasme petite roue | 26 |
| Neoboletus erythropus | bolet à pied rouge | 23 |
| Gymnopus peronatus | 22 | |
| Mycena pelianthina | 19 | |
| Hymenopellis radicata | 18 | |
| Russula virescens | russule verdoyante | 18 |
| Vascellum pratense | 16 | |
| Russula parazurea | russule bleu-vert | 8 |
| Tricholomopsis rutilans | tricholome rutilant | 7 |
| Mucidula mucida | collybie visqueuse | 6 |
| Daedalea quercina | lenzite du chêne | 4 |
| Hortiboletus engelii | 4 | |
| Scleroderma cepa | scléroderme en forme d’oignon | 4 |
| Mutinus caninus | satyre du chien | 2 |
| Hypomyces microspermus | 1 |
Note : la colonne Fréq.
donne la fréquence, c’est-à-dire le nombre de fois où l’espèce a été identifiée depuis 2023.
Pour aller plus loin
Les liens ci-dessous pointent vers les fiches réalisées par d’autres sociétés mycologiques.
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